Victime de harcèlement judiciaire, le défenseur des droits et militant Kamel Eddine Fekhar décède à l’hôpital.


30 mai 2019

Le docteur Kamel Eddine Fekhar, défenseur des droits de l’homme et médecin, est décédé dans un hôpital de Blida le 28 mai, près d’un mois après que sa femme eut annoncé qu’il risquait la mort s’il n’était pas soigné.

Son avocat a accusé les autorités de harcèlement et de négligence judiciaires. Malheureusement, encore une fois, les autorités ont méprisé les appels à l’aide.

Le docteur Fekhar a été arrêté de nouveau le 31 mars avec un autre militant, M. Hadj Brahim Aouf, à la suite d’un entretien vidéo dans lequel il dénonçait les pratiques « ségrégationnistes » contre les Mozabites (berbères de rites ibadites, minorité en Algérie) dans la province de Ghardaïa, à 600 km au sud de Alger. Tous deux ont été placés en détention et poursuivis en justice pour « atteinte à la sécurité de l’État » et « incitation à la haine raciale ». Ils ont été maintenus dans des conditions effroyables malgré les demandes répétées de libération des organisations de défense des droits humains. Le docteur Fekhar a entamé une grève de la faim et son état de santé s’est fortement dégradé au cours des dernières semaines. M. Fekhar a été arrêté pour la première fois en juillet 2015 dans un contexte d’affrontements entre mozabites et Chaambi (Arabes sunnites) qui avaient fait 22 morts et une centaine de blessés dans la région de Ghardaïa.

Le docteur Fekhar n’est pas la première victime de harcèlement judiciaire en Algérie. Le journaliste Mohamed Tamalt, condamné à deux ans de prison pour « insulte aux institutions et au président », est décédé le 11 décembre 2016, durant son incarcération, à l’âge de 42 ans, après trois mois de grève de la faim.

Maître Salah Dabouz, avocat du docteur Fekhar, a dénoncé « un crime et une mort programmée décidée par les autorités judiciaires de Ghardaïa sur la base d’un dossier vide ». Le juge d’instruction chargé de l’affaire a cédé à la pression du procureur, a-t-il assuré. Il a également accusé le Wali de Ghardaïa d’avoir stigmatisé les défenseurs des droits de l’homme et d’avoir condamné messieurs Fekhar et Aouf « avant que la justice n’examine leur cas ».

Un groupe de travail du Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies a indiqué dans un rapport d’avril 2017 que « les accusations portées par le gouvernement contre le docteur Fekhar manquaient de substance », a remis en question « l’équité de la procédure pénale ». Le rapport a révélé que M. Fekhar était « un ardent défenseur des droits de l’homme » et « la véritable cause du harcèlement judiciaire ». Sa mort fait craindre un regain de tension à Ghardaïa, où les troubles intercommunautaires ne se sont atténués qu’en 2017 à la suite du déploiement de l’armée.

La mort du docteur Fekhar nous éclaire une fois de plus sur la nécessité de mettre fin à tous les actes de harcèlement policier et judiciaire conformément aux dispositions de la Déclaration des Nations-Unies sur les défenseurs des droits de l’homme.

Il est primordial de garantir le droit à un procès équitable et fournir les garanties fondamentales des droits de la défense, conformément à l’article 14 (3) du Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques (PIDCP), ratifié par l’Algérie.

Il faut réformer la loi afin d’éliminer l’infraction de « outrage à la personne morale » et garantir que la liberté d’expression et de la manifestation pacifique ne donne pas lieu à des poursuites. 

Le Mouvement Citoyen pour l’Algérie condamne sans équivoque les agissements criminels qui ont conduit le docteur Fekhar à mourir en détention, alors qu’il était sous la responsabilité de l’état. Nous exigeons que l’ensemble des détenus politiques et d’opinion soient libérés sans délai.

Il est temps d’en finir avec ces pratiques d’un autre âge et de condamner les responsables qui ont permis de telles exactions.