Le Mouvement Citoyen pour l’Algérie milite pour la liberté de la presse


28 mai 2019

« Le silence, c’est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs et si tu parles, tu meurs. Alors dis et meurs ! » Tahar Djaout

La presse algérienne n’a jamais été préservée des contraintes de la censure. Sa liberté a toujours été à la merci d’un pouvoir autocrate dirigeant une République prétendue démocratique. En effet, les journalistes les plus critiques sont passés derrière les barreaux où ils ont subi des violences physiques et psychologiques, certains menacés, poussés à l’exil et d’autres l’ont payé de leur vie.

Avec l’approche de la fin du 4ème mandat du président déchu et le spectre de son éventuelle candidature à un 5ème, des journalistes avaient « osé » parler. Les représailles ne se sont pas faites attendre et des incarcérations en cascade ont eu lieu illustrant à la perfection une réalité amère : celle d’une presse censurée et de journalistes muselés.

La dictature n’a épargné ni l’Agence Presse Service (APS), ni les médias classiques, ni la presse écrite. Tout organe étatique avait une directive et devait s’y conformer : diffuser l’opinion officielle. 

La télévision publique, et ce n’est un secret pour personne, a travaillé pendant ces cinq dernières années (4ème mandat de Bouteflika) sur des images d’archives en usant de techniques de montage (effet miroir, répétition de séquences, etc.) pour donner l’illusion d’une Algérie dirigée par un président presque valide. Un chef de l’État qui recevait ses homologues étrangers, prenait des décisions, nommait, promouvait ou limogeait des responsables alors que son état de santé était connu de tous. Les journaux télévisés, à la solde du pouvoir, ont délibérément menti aux Algériens.

Le pouvoir perfide ne se limitant pas à la désinformation, il exigeait des journalistes une totale soumission. M. Ahmed Lahri, présentateur au journal télévisé de Canal Algérie a été interdit d’antenne pour avoir omis de présenter Bouteflika par un titre pompeux, à savoir “son excellence” (fakhamatouhou).

Si cette situation était source de mal-être et de frustration pour l’ensemble des journalistes en Algérie, nul ne pouvait prédire l’ampleur de la révolution qui allait se produire.

Dès le début de la « révolution du sourire », l’ENTV et la Radio Nationale ont eu l’audace de faire l’impasse sur les manifestations historiques du 22 février, pourtant largement couvertes par la presse internationale. Deux femmes journalistes, Mme Meriem Abdou de Radio Alger Chaîne III et Mme Nadia Madassi de Canal Algérie, ont été les premières à dénoncer cette omerta. Elles ont démissionné de leur poste en signe de protestation.

Depuis, de nombreux sit-in et des rassemblements se tiennent dans l’enceinte même de l’ENTV. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre. Le Hirak est ainsi venu frapper comme un tsunami de liberté brisant l’omerta pratiquée durant de longues années.

Par ailleurs, s’agissant des rares journaux qui pouvaient se targuer d’avoir une « relative » liberté d’expression, ils ont longtemps souffert de pressions économiques extrêmement fortes. Cette situation insoutenable ne peut perdurer ni s’inscrire dans les pages de la nouvelle République que nous voulons construire tous ensemble. Cette situation n’a pas sa place dans une République véritablement démocratique.

Et c’est parce qu’il ne saurait y avoir de démocratie sans liberté d’expression, le Mouvement Citoyen pour l’Algérie est là pour joindre sa voix à toutes celles qui militent pour briser les chaînes de la censure et libérer la presse de la dictature.

Voici nos revendications :

  • Révision des lois qui régissent le journalisme et dépénalisation du délit de presse ;
  • Suppression de l’Autorité de Régulation de l’Audiovisuel et la remplacer par une entité qui garantit la liberté de la presse et contrôle la qualité des contenus des programmes ;
  • Création d’une organisation qui veille à la protection des journalistes, des sources et des lanceurs d’alerte ;
  • Égalité des chances quant à l’éligibilité des citoyens à l’ouverture des médias indépendants ;
  • En finir avec la bureaucratie et le clientélisme ;
  • L’ouverture de l’audiovisuel basée sur le respect total de la déontologie et de l’éthique des métiers de la presse ;
  • Revoir les conditions de travail des journalistes et les encourager (octroi de formations, avantages sociaux, récompenses des meilleurs travaux, etc.).

Dans la digne lignée du Hirak et des slogans « Dégage » et « Yatnahaw Ga3 », le Mouvement Citoyen pour l’Algérie milite pour le retrait total du système qui gangrène le pays depuis l’indépendance et pour une véritable liberté de la presse.

Pour que les slogans scandés en Algérie et partout dans le monde puissent nous porter vers un avenir serein, il est primordial de ne pas oublier le plus inspirant : « Un seul héros, le peuple !!!».

Signataires :

  • Farid Dms Debah – Réalisateur, photographe et fondateur du Mouvement Citoyen pour l’Algérie,
  • Amina Lakri – Journaliste indépendante et membre du Mouvement Citoyen pour l’Algérie,
  • Khelaf Benhadda – Journaliste et membre du Mouvement Citoyen pour l’Algérie,
  • Hanane Tlemsani – Journaliste et présentatrice sur Dzair News TV,
  • Karim Fess – Journaliste, activiste et membre du Mouvement Citoyen pour l’Algérie,
  • Lila Haddad – Présidente de Harak TV,
  • Djamel Alilat – Journaliste,
  • Amirouche Nedjaa – Directeur exécutif de l’ONG Mena media monitoring,
  • Hadda Hazem – Directrice du journal El-Fadjr,
  • Aziz Kharoum – Journaliste au quotidien El Watan,
  • Fella Midjek – Journaliste freelance,
  • Radia Boulmaali – Journaliste et présentatrice à Canal Algérie,
  • Yasmine Chouaki – Journaliste à RFI,
  • Yannis Ait Belkacem – Journaliste à Assabbia 7 TV,
  • Ali Amour – Journaliste et chef d’édition à France 24
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